Safe2choose: la plateforme de soutien à l’avortement sécurisé
28 Sep

Pauline Diaz dirige la plateforme internationale de soutien à l’avortement sécurisé Safe2choose. Nous avons voulu la rencontrer pour lui poser quelques questions à l’occasion du 28 septembre, journée mondiale du droit à l’avortement.

  • Qu’est-ce que safe2choose ?

Safe2choose est une plateforme numérique de soutien, d’orientation et d’information conçue pour toutes les personnes enceintes qui souhaitent accéder à la méthode d’avortement sécurisée de leur choix où qu’elles soient dans le monde. Une équipe de 10 conseillères multilingues basées sur 5 continents est formée pour accompagner les personnes dans leur une IVG médicamenteuse autogérée, ou référer chez des professionnel·les de santé pour une IVG par aspiration, une IVG chirurgicale ou des soins après-avortement.

Grâce au chat en ligne ou par échanges d’emails, les conseillères donnent des informations sur toutes les méthodes d’avortement sécurisé et orientent les personnes vers des partenaires pro-choix sur le terrain de confiance afin obtenir des ressources supplémentaires. Sur le site, il y aussi les protocoles approuvés par l’OMS en format vidéos ou PDF, des profils de pays qui expliquent les différentes lois et comment les naviguer, des blogs et des témoignages du monde entier.

Depuis sa création en 2015, safe2choose a reçu plus de 11 millions de visites depuis 238 pays et territoires, a accumule 230 000 followers sur les médias sociaux, délivré plus de 150 000 séances de conseil et orienté 30 000 personnes vers des professionnel·le·s de santé.

  • De quelle façon concrète participez-vous à faire baisser le nombre d’avortements dangereux ?

Selon l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), 29% des grossesses se terminent par un avortement provoqué et 45 % des avortements sont non sécurisés, dont 97% dans les pays à revenu faible et intermédiaire. Cela est principalement dû au manque d’information, au manque d’accès aux soins, au coût, à la stigmatisation, et aux restrictions légales. 

La priorité de safe2chose est d’informer en démédicalisant l’information pour qu’elle soit accessible à tout le monde dans plusieurs langues. Nous guidons les personnes sur les options disponibles suivant leur situation, leur localisation, leurs capacités financières, mais aussi sur leurs droits principalement dans des environnements juridiques parfois restrictifs et dans les systèmes médicaux complexes qui peuvent être stigmatisant. Nous apportons aussi un soutien moral et empathique tout au long du processus et orientons les personnes vers des ressources crédibles et de qualité qui peuvent être difficile à trouver quand l’avortement est un sujet tabou. L’approche holistique des conseillères crée un espace sûr et respectueux où les personnes peuvent partager, demander, explorer et exercer leur libre arbitre. De plus, l’équipe multilingue et multiculturelle est en mesure de fournir une assistance adaptée et sensible aux cultures locales. 

Afin de mettre les personnes enceintes en relation avec des professionnel·le·s de santé sur le terrain de confiance, safe2choose a une équipe partenariat dédiée au développement de ce réseau et qui a créé des formations en ligne pour les pharmacien·ne·s et les étudiant·e·s en médecine afin de répondre au manque des programmes des écoles qui ne couvrent pas le sujets dans certains pays où le contexte légal est restrictif. Toutes ces informations et ces contacts sont maintenus dans des bases de données encryptées afin de protéger l’identité des personnes avec qui nous travaillons sur le terrain.

  • safe2choose lutte contre l’inégalité du droit à l’information. Mais c’est quoi exactement ? Et comment lutter contre celle-ci ?

Tout le monde devrait avoir accès à des informations sûre, fiables et neutres afin de pouvoir prendre ses propres décisions et en particulier concernant son corps. Cependant pour accéder à cet idéal, il y a beaucoup de barrières dans la réalité, et encore plus quand il s’agit de l’une des procédures médicales les plus stigmatisées, entourée de tabous et de jugements.

Tout d’abord, beaucoup de personnes ne connaissent pas ou ne comprennent pas toutes les subtilités de la loi dans leur pays. Dans certains pays par exemple, le code pénal interdit l’avortement mais la constitution, qui prévaut, l’autorise. Cependant, il est souvent difficile de naviguer cette confusion et beaucoup de personnes enceintes se basent sur des on-dits qui sont censés faire peur et empêcher les femmes d’accéder à leur autonomie reproductive. Ensuite, il y a souvent un déséquilibre entre les informations accessible à la population et celles détenues par le corps médical. Les personnes qui recherchent un avortement se tournent parfois vers des personnes qui ne leur donnera pas forcement les bonnes informations en fonction de leurs propres opinions personnelles. C’est pour cela qu’il est important de pouvoir directement informer les personnes partout dans le monde sur leur droit et leurs options afin qu’elles puissent décider elles même de ce qui est le mieux pour elles.

En 2021, 57 % des femmes dans le monde étaient connectées à internet et utilisaient souvent les plateformes numériques comme premier point de contact pour la prise de décision dans le domaine de la santé. La technologie numérique est une des solutions pour permettre cette autonomie, et il est donc logique de voir une augmentation de l’auto-prise en charge de leur décision sur l’avortement en parallèle avec l’augmentation de la maitrise des outils du numérique. Les plateformes en ligne, comme safe2choose, sont désormais en mesure d’offrir aux personnes qui recherchent un avortement, une voie privée et sans jugement vers des soins autonomes. L’OMS recommande d’ailleurs l’avortement médicamenteux par télémédecine ou de façon autogérée comme un choix manière sûre et efficace jusqu’à 12 semaines lorsque les informations sûre et précises sur le protocole, le dosage et les symptômes sont à disposition. C’est une solution simple et sécurisée qui réduit les barrières de cout, de localisation et de stigmatisation. 

Cependant, Internet n’est pas la solution miracle. Tout d’abord, il reste encore 43% de femmes qui ne seraient pas connectées et pour faire face à cela, safe2choose travaille avec des partenaires sur le terrain qui organisent des campagnes de sensibilisations et des évènements locaux aux plus proches des communautés encore exclues de l’accès à internet. Ensuite, comme un reflet de l’opposition sur le terrain, il y a aussi une forte opposition et beaucoup de désinformation en ligne. Les organisations anti-choix développent de nombreux sites internet qui promeuvent de fausses informations, et les géants de la BigTech américaine changent régulièrement les règles des algorithmes et limitent l’accès à l’information. safe2choose a d’ailleurs perdu ses comptes de réseaux sociaux plusieurs fois.

Pour relever ces défis, l’équipe de safe2choose mise sur l’accessibilité, la sécurité et la qualité de son site pour qu’il soit accessible même dans les régions à faible connexion et travaille avec beaucoup de partenaires du monde de la santé reproductive et sexuelle afin de partager le plus d’information fiables contre la désinformation. L’équipe de safe2choose investit également dans des stratégies d’optimisation des moteurs de recherche (SEO) et de marketing des moteurs de recherche (SEM) afin de s’assurer que le site soit facile à trouver. 

  • Pourquoi le droit à l’avortement est un droit fondamental selon-vous ? En quoi cela contribue à l’émancipation de la femme ?

Nier l’accès à l’avortement c’est nier les droits humains fondamentaux. Toutes formes de criminalisation de l’avortement enfreint les conventions internationales, les engagement politiques, les standards d’éthiques médicale, mais surtout cinq droit humains fondamentaux.

  1. Le droit à la vie. Comme ce fut le cas récemment en Pologne, les femmes sont souvent forcées à continuer des grossesses non désirées qui peuvent mettre leur vie en danger. De plus, dans les contextes légalement restreints, elles sont aussi forcées à utiliser des méthodes d’avortement dangereuses, augmentant la mortalité et la morbidité maternelle. 
  2. Le droit à la santé. L’avortement est un service de santé à part entière et il est essentielle d’avoir le droit de pouvoir décider de continuer ou terminer une grossesse car les impacts des grossesses forcées sur la santé physique, mentale, sociale, et économique sont considérables.
  3. Le droit à la vie privée. Quand le droit à l’avortement est criminalisé, les professionel·le·s de santé sont requis de dénoncer leurs patient·e·s et donc d’enfreindre le secret professionnel. Le système judiciaire et les médias s’immiscent alors souvent dans ce qui devrait rester une pratique privée. Chaque personne devrait avoir accès à des informations sûres et confidentielles sur leur santé. 
  4. Le droit de ne pas être discriminé·e. La Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes dit clairement que “Les États sont requis au titre de l’article 12 de prendre des mesures pour assurer l’égalité d’accès aux soins de santé” et comme décrit plus haut, il est discriminatoire de restreindre un service dont seulement une partie de la population a besoin. 
  5. Le droit de n’être ni torturé·e ni traité·e de façon inhumaine. Être forcée à continuer une grossesse non désirée qui affecte l’état physique et psychologique d’une personne peut être considérée comme une torture et un traitement inhumain, surtout dans les cas de viol, inceste ou malformation fœtale qui est dangereuse pour la personne enceinte. 
  • Pensez-vous que le droit à l’IVG puisse être menacé en France ?

En 2022, après plus d’un an de discussions et de navettes parlementaires, les délais de l’accès à l’avortement ont été augmenté jusqu’á 14 semaines et les sages-femmes sont maintenant autorisées à effectuer des avortements par aspiration. C’est une avancée certes, mais cela n’efface pas la laborieux processus qu’il en a été contre une montagne d’opposition. Pourtant comparée à nos voisins européens qui certains vont jusqu’à 24 semaines, la France en est loin. Dans une société patriarcale, le droit à l’avortement n’est jamais acquis et comme dans d’autres pays (ex : les États-Unis), nous ne sommes jamais à l’abris d’un retour en arrière. Le camp anti-choix est très puissant et a accès à des grandes ressources financières et il est important de rester sur ses gardes. 

En principe, le droit en France est assuré par la loi, mais la réalité est souvent plus difficile : déserts médicaux, manque d’information, retard dans la détection de la grossesse, etc. Cela impacte d’avantage les populations vulnérables (ex : populations rurales, populations étrangères qui ne parle pas français, etc.), et il important de continuer à travailler sur le sujet pour que le droit réel s’aligne complément avec le droit formel.

Beaucoup de docteurs sont encore contre l’avortement et utilisent leur objection de conscience, mais c’est aussi car le clivage entre pour et contre est au cœur de notre société, et cela pour tous les sujets malheureusement. Nous avons besoin de plus de discussions saines où l’émotionnel serait mis de côté et on pourrait échanger sur nos différentes sensibilités de façons bienveillante pour pouvoir avancer.

  • Comment agir à notre échelle ? Qu’est-ce qu’on peut faire en tant que femme pour préserver ce droit fondamental et plus largement s’aider les unes les autres pour protéger nos droits ?

Tout d’abord il est important de s’informer sur le sujet. Les mouvements anti-choix qui s’adornent á des campagnes de désinformation promeuvent des informations dangereuses qui perpétuent des mythes – comme le fait que les avortements rendraient stérile- et cela contribuent à une stigmatisation qui plongent les femmes dans le silence.

Ensuite, nous devons tou·te·s devenir des soutiens sans jugement pour les femmes qui décident d’avoir un avortement. Réfléchissons à ce que nous pouvons faire : les amener à la clinique, proposer de s’occuper de leur enfant pendant leur rendez-vous dans les cliniques, leur apporter à manger après la procédure, etc. Mais surtout écouter et raconter nos histoires d’avortement, y compris les histoires positives. Les personnes qui ont un avortement pensent souvent qu’il faille se sentir coupable comme pour se repentir d’une mauvaise action. Ce n’est qu’un dictat de la société qui veut contrôler le corps des femmes. Tous les jours à safe2choose, nous échangeons avec des femmes qui se sentent soulagées et même empouvoirées par leurs avortements qui ne n’est pas nécessairement une épreuve difficile. La société et le jugement la rendent difficile. 

Enfin, nous devons regarder en détails pour qui nous votons. Quels sont les opinions de nos élu·e·s. Regardons en détails les programmes et les financements prévu sur les droits sexuels et reproductifs et si nous le pouvons, faisons des dons aux organisations qui soutiennent les femmes à accéder à des services, comme celles qui seraient au-dessus de 14 semaines et auraient besoin de voyager à l’étranger. 

Enfin participons à des débats sains qui inclut les personnes concernées et les preuves scientifiques, et évitons de nous acharnez à des débats violents en ligne.

  • Pourquoi la santé intime et sexuelle des femmes est un sujet nécessaire selon vous ? Et en quoi contribue-t-elle au bien-être de la femme ?

Depuis des millénaires, la société punie les femmes qui ont une sexualité en dehors du seul but de reproduction. Les forcer à continuer des grossesses non voulues va à l’encontre des droits humains et il faut que nos sociétés acceptent que le corps des femmes qui sont vivantes aujourd’hui et leur choix doivent prévaloir sur la possibilité d’une future personne. L’avortement est autant un sujet lié aux droits humains qu’a la santé publique. En effet, le coût des complications suite aux avortement dangereux s’élèvent à plus de 553 millions de dollars US et cela exerce une pression sur les ressources du système de santé qui pourraient être adressée par une meilleure prévention de ces complications en décriminalisant l’avortement sur demande. Ce sont souvent les mêmes pays qui limitent aussi la contraception et toutes les discussions autour de la santé reproductive et sexuelle des femmes. Le manque d’informations et le tabou autour de tous les sujets sexuels ont des conséquences réelles sur la santé physique et mentale des femmes mais aussi sur le reste de leur famille.

  • Qu’est-ce qui vous a donné envie de faire un métier au service de la santé féminine ? 

En 2015, j’ai travaillé dans le service maternité d’un hôpital rural en Tanzanie. Pendant un an, j’ai créé des programmes communautaires avec le personnel local pour améliorer l’accès aux soins maternels des femmes de la région et faire baisser la mortalité et la morbidité maternelle. Seulement, il y avait aussi beaucoup de patientes qui avaient venaientt pour des « fausses couches », et j‘ai vite réalisé que ces interruptions de grossesse étaient beaucoup plus volontaires que nous pouvions l’enregistrer dans leur dossier au vu du système légal Tanzanien.

En ayant grandi en France, je ne pouvais pas imaginer l’entendu des difficultés des femmes dans d’autres régions à accéder à des soins de santé sexuelles de qualité. Même si notre système n’est pas parfait et conduit aussi a de grandes inégalités entre les différentes populations françaises, être confrontée de si près à une si grande inégalité de l’information, de la légalité et de l’accès à l’avortement m’a poussé à poursuivre ma carrière dans la santé des femmes.

safe2choose est une façon innovante d’adresser le manque des gouvernements à fournir des services de santé basiques, et je suis animée par la recherche de solutions à des problèmes sociaux qui contribuent à rétablir l’égalité. Plus qu’un service de santé, l’accès à l’IVG est un symbole de la lutte feministe contre une societe patriarcale qui veut contrôler le corps des femmes.  

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